Souvenirs en Francs

Souvenirs en Francs

Château de Versailles @André Lapointe

À l’époque (en 1999 donc, quand le mot “téléphone intelligent” n’existait pas et que le Franc Français était encore roi), j’avais soigneusement consigné mes aventures dans un carnet de voyage. Ce petit bijou permettait tout à la fois de noter les dépenses, la température et les aventures du quotidien.

Mais aujourd’hui, grâce à l’intelligence artificielle — oui, oui, c’est bien de toi que je parle, ChatGPT — pourquoi s’embêter à tout retaper ?

J’ai donc pris une photo de chaque page de mon précieux carnet et les ai envoyées à mon assistant virtuel. C’est tellement plus simple. Vive le futur !

Alors voici le récit d’un voyage en France, époque baguette-saucisson et francs français.

Lundi 9 août 1999 : départ vers la patrie du camembert

Je pars pour la France. Mon ami Marc y vit et y travaille pour un bon moment. L’excuse parfaite pour aller le voir (et squatter un canapé).

Vol Montréal – Paris.
Je suis assis à côté d’une maman française et ses deux petites filles. Disons que c’était un vol dynamique. L’une d’elles me donnait des coups de pied… régulièrement. Et elle pleurait. Souvent. Très souvent.

Arrivé à l’aéroport, je me procure une carte pour le bus et le métro. Direction Roissybus, et là… première épreuve.

Ma valise, que j’avais prudemment enregistrée à Montréal pour 25$ (30 kg de souvenirs en devenir), ne rentre pas dans le rack prévu dans le bus. Donc hop, sur un siège. Tant pis pour les autres passagers.

Arrivé à Paris, Marc m’attend. On prend le métro direction son appart dans le 3e arrondissement.

Le métro parisien ? Un parcours du combattant.
Des marches à n’en plus finir.
Je demande à Marc :
— « Si on descend tout ça, c’est qu’on va devoir remonter ? »
— « Faut voyager léger ! » qu’il me répond.

Note mentale : voyager léger, prendre au sérieux.

Chez Marc, je découvre qu’il habite au 3e étage. Sans ascenseur. Bien sûr.
Il m’aide à monter la valise de 30 kg, et moi, je songe à abandonner mes effets personnels pour redescendre vivant.

Ensuite, balade dans le Marais, son quartier. Très sympa. On mange sur une petite terrasse.

Je commande un sandwich au saucisson : 19 FF.
Le sandwich arrive : deux tranches de baguette et… du salami. Point final.
Pas de beurre. Pas de moutarde. Pas d’amour.

Et quand je demande un Coke, on me répond que ça s’appelle un Coca. Noté.

Passage à l’épicerie :
— Rez-de-chaussée : vêtements, jouets…
— Sous-sol : la bouffe. Logique française.

Marc va se coucher. Moi, vaillant, je pars prendre une bière à l’Open Café. 18 FF la bière. Une seule, et hop, je suis joyeux. Entre la fatigue et le décalage horaire, il ne m’en fallait pas plus.

Détail culturel : les toilettes sont un mur… avec une chute d’eau. Voilà voilà.

Je finis la soirée avec une pizza. Je demande du beurre. Le serveur me regarde comme si je venais de demander du ketchup sur un croissant.
— « Du quoi ? »
— « Du beurre. Tu sais, ce qu’on met sur du pain ? »
— « Aaaah, du beuuurre, monsieur. »

Fin du cours de prononciation. Retour chez Marc. Dodo bien mérité.

Température du jour : 18°C, un peu de soleil, un peu de pluie, bref, classique.
Dépenses totales : 349 FF, soit environ 84 $ CAD.

Mardi 10 août 1999 – Château, pluie fine et… Best Of McBacon

Ce matin, réveil à 8h00. Bien dormi, comme une bûche.
Après un bon déj’, je prends le métro direction le fameux château de Versailles — un incontournable de la bucket list touristique.

En chemin, je passe devant l’Hôtel de Ville de Versailles et… surprise : une place de stationnement réservée aux voitures électriques ! En 1999 ! À croire que les Versaillais avaient une longueur d’avance (ou un faible pour les prototypes).

J’arrive enfin devant le château. Il commence à pleuvoir, mais juste pour se faire remarquer, parce que ça s’arrête aussitôt. Suspense inutile.

Et là… la façade. Bon. Il est beau, ce château. Mais je l’imaginais plus… majestueux ? Un peu comme voir une célébrité en vrai : impressionnant, mais différent de l’idée qu’on s’en fait dans les magazines.

Je fais la file pour les billets, coincé entre un groupe d’Allemandes très organisées et des Québécoises en pleine discussion sur la poutine introuvable à Paris. Heureusement, une chorale improvisée se met à chanter devant nous — un mini-concert impromptu qui fait passer l’heure d’attente comme une lettre à la poste.

La visite débute par la chambre du roi. Petites pièces, nombreuses… et honnêtement, ça sent pas la lavande.
Puis direction les jardins de Versailles. Là encore, un poil de déception : beaucoup de prestige, peu de fleurs. Mais bon, on est à Versailles quand même.

Jardin Château de Versailles @André Lapointe

Je poursuis avec le Petit et Grand Trianon, puis enchaîne avec les appartements du dauphin et de la dauphine. Heureusement, mon billet coupe-file me permet de passer devant les touristes suants.

Encore des salles, encore des dorures, mais une salle sort du lot : la Galerie des Glaces ! Là, on entre dans la légende. Grandiose, magique, presque un décor de film. On imagine facilement les bals et les mariages princiers.

Retour dans les jardins… mais Dame Nature décide que c’est l’heure du déluge. Pause technique chez McDo.

Chez McDonald’s ici, pas de « trio » — c’est un « Best Of ». J’opte pour un Best Of McBacon. Rassasié, direction la gare pour rentrer à Paris.

Soirée relax : une bière à l’Open Café (encore). Si je reste trop longtemps ici, il faudra peut-être m’inscrire au AA

Température : 17°C, nuageux avec quelques averses.
Dépenses du jour : 112 FF (sans le McDo). Château, porte-clés souvenir, et bien sûr… Open Café.

Mercredi 11 août 1999 – Fin du monde, éclipse, confession… et Céline Dion

Aujourd’hui, c’est LE grand jour : l’éclipse totale de soleil.
Certains annoncent la fin du monde. Moi, je prends ça comme un signe pour aller me repentir à la basilique du Sacré-Cœur.

Arrivé sur place, je réalise que je ne suis pas le seul pécheur. C’est la foule des grands jours. Mais en y regardant de plus près… ce n’est pas pour confesser leurs fautes qu’ils sont là, mais pour sortir leurs lunettes en carton bleu. Tout le monde attend l’éclipse.

Et c’est vrai que le spot est idéal : perché sur la butte Montmartre, la vue est imprenable. Enfin… sauf quand un gros nuage décide de squatter pile à 12h06, heure du grand moment. Résultat : demi-éclipse pour tout le monde. Mais bon, mieux que rien !

Après ça, direction la porte d’entrée du Sacré-Cœur. Non, je ne me suis pas confessé… visiblement, la fin du monde est reportée.

Le Sacré-Coeur @André Lapointe

Petit tour du site, très joli d’ailleurs. Puis je redescends les marches avec l’estomac qui commence à protester. Solution express : un croque-monsieur attrapé au vol.

Autre chose qui, à l’époque, était assez nouveau pour un gars de Montréal : des toilettes publiques extérieures et autonettoyantes. Bon… en 2025, c’est devenu plutôt banal — même Montréal en a maintenant. Mais en 1999, c’était carrément de la science-fiction !

L’après-midi, changement d’ambiance : direction le Stade de France, en banlieue parisienne.
Ici, notre Céline nationale a fait deux concerts à guichets fermés en juin dernier. Plus de 160 000 fans venus l’applaudir. Fierté québécoise activée.

Le Stade de France @André Lapointe

Le stade est impressionnant, une vraie cathédrale moderne du sport. C’est là que les Bleus ont remporté la Coupe du Monde en 1998. Une première historique. Une belle visite, entre émotions musicales et gloire footballistique.

Retour dans le 3e arrondissement. Fatigué mais heureux. Deux temples visités aujourd’hui : un pour l’âme, un pour la fierté nationale.

Et pour conclure cette riche journée… une bière, bien sûr. Tradition oblige.

Mais pas que : je découvre un guichet de location de films, à 10 FF les 6 heures. Drôle de concept.
Encore plus surprenant : je croise une Pontiac Firebird dans une rue parisienne. Pas une voiture typique du coin, disons.

Et pour finir ce festival d’étonnement : ici, les guichets automatiques sont directement sur le trottoir, à l’extérieur des banques. Très à la vue de tous. Un peu bizarre, mais bon, chacun son style.

Il est 3h00 du matin. Dodo obligatoire.

Température : nuageux, comme le ciel qui a gâché l’éclipse.
Dépenses du jour : 84 FF — croque-monsieur, souvenirs, et l’habituelle bière du soir.

Une longue journée m’attend. Je me suis levé à 9h00, j’ai déjeuné, et bien sûr, je me suis lavé — parce que, soyons honnêtes, la mauvaise réputation des Français côté propreté… se confirme malheureusement chez certaines personnes.

Je suis parti à pied vers la place de la Bastille, où se trouve un café web — un cybercafé, comme disent les Français. J’y ai envoyé quelques courriels : 15 minutes pour 15 FF. Et le clavier… ouf ! C’était un clavier AZERTY. Tout était à la mauvaise place. J’ai mis cinq minutes juste à trouver le « @ » !

Ensuite, direction la gare de Lyon pour essayer de changer mon billet de train pour le lendemain. Le caissier me dit :
— « C’est seulement le jour même que vous pouvez changer votre billet. »
Super… Le train part à 8h06, donc je devrai être à la gare à 7h00 du matin juste pour ça.
Heureusement, j’ai quand même pu réserver les autres trajets : Marseille-Nice et Nice-Paris.

Après ça, retour en métro vers la place de la Bastille (encore !) où j’ai pris une autre tonne de photos — au cas où la première fois n’aurait pas été suffisante. Ensuite, marche vers la place des Vosges, où Victor Hugo a vécu. Puis cap sur la place de la République… et devine quoi ? Oui, encore des photos !

Je suis rentré chez Marc : complètement vidé. J’ai tellement marché que j’avais l’impression d’avoir traversé Paris à pied deux fois. Je pense que ce soir, je me couche tôt…

Ah ! J’ai oublié de mentionner : j’ai vu une station-service où la pompe est directement sur le trottoir ! L’auto s’arrête sur le bord de la rue, et le pompiste vient la remplir comme si de rien n’était. Bizarre, ces Français…

Après une bonne sieste, je me suis préparé pour un rendez-vous à 15h00 avec Stéphane, du magazine en ligne Regard en Coulisse. On s’est rejoints au « Open Café ». Il est arrivé avec un peu de retard (et moi, pour une fois, j’étais à l’heure !).

On a parlé de tout et de rien, jusqu’à ce qu’il me dise qu’il attend un ami pour une entrevue qui sera publiée sur le site. Et là, surprise : l’invité a joué dans Les Misérables à Paris ! Mon cœur fait trois tours. Il me dit que c’était « Marius »… et là, mon cerveau part au galop : Jérôme Pradon ?!?

Place des Vosges @André Lapointe

Eh ben non. Stéphane pète ma balloune. C’était son remplaçant. Il s’appelle Alexandre Bonstein.

Il arrive. Beau gars. Il salue Stéphane avec la bise, puis s’assoit. Stéphane lui dit que je viens du Québec, que j’adore Stéphanie Martin, blablabla… Et là, le fameux Alex me dit :
— « Stéphanie est une fille vraiment sympa, et elle a une très jolie voix. »

WHAT. Il a chanté avec Stéphanie Martin !?

Stéphane m’explique qu’Alex va jouer cet automne dans une nouvelle comédie musicale à Paris : Seven Brides for Seven Brothers. Et l’entrevue qu’il donne aujourd’hui sera en ligne à la fin août. Il sort trois photos de lui pour illustrer l’article… et là, SCOOP : Stéphane me demande laquelle je préfère.

C’est donc moi qui ai choisi la photo ! (Les deux autres… disons qu’elles ne le mettaient pas en valeur)

Après cette après-midi très culturelle (et un peu VIP), retour chez Marc pour une petite pause avant d’aller manger. Et là… ben j’ai craqué. McDo. Oui, je sais, je suis faible.

Et pour finir la soirée ? Devine ! Retour à l’Open Café (encore !). Et hop, dodo à… 2h00 du matin.

Température du jour : gros soleil — enfin ! Ça change de la pluie, des nuages et des parapluies surprises.
Côté budget, une journée quasi exemplaire : à peine 30 FF de dépenses. Comme quoi, rencontrer une vedette et jouer les journalistes ne coûte pas si cher que ça.

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